vendredi 7 octobre 2016

Y-a-t'il eu erreur? Et quel genre d'erreur?

Publication d'un nouveau texte de l'ami Jurek. Je souscris personnellement à la troisième thèse.

A propos du Boeing abattu par un Bouk


Les déclarations russes relatives au Boeing du vol MH17 abattu au-dessus du Donbass ont beaucoup varié. La dernière explication donnée par la télévision à la population russe est que « le boeing a été abattu par un chasseur ukrainien ». D. Pieskov, porte-parole du Kremlin se contente de déclarer que le rapport du groupe international d'enquête n'a pas donné la « vérité dernière ». Mark Solonine, ingénieur en aéronautique et historien militaire russe, a écrit un long article dans son blog sur la destruction du Boeing MH17.

Tout d'abord il s'étonne que le Bouk qui a été envoyé dans le Donbass soit un seul matériel, ce n'est pas dans les habitudes militaires d'envoyer une pièce isolée, d'habitude on procède par batterie, par division, par unité structurale de l'armée. Ensuite ce Bouk était équipé de ses seuls 4 missiles sans autre approvisionnement. Enfin Solonine estime que pour les besoins en défense anti-aérienne des séparatistes contre l'aviation ukrainienne il n'y avait pas besoin d'une pièce aussi performante que le Bouk dont les missiles (peuvent atteindre des avions a plus de 18000 mètres d'altitude et à plus de 35 km de distance). La défense anti-aérienne des séparatistes pouvait être satisfaite par d'autres matériels automoteurs nettement moins performants, mais dont l'approvisionnement ne serait pas si limité. Solonine en tire la conclusion que la mission du Bouk n'était pas une mission militaire mais une mission spéciale organisée par un service spécial.

Le Bouk qui a traversé la frontière russo-ukrainienne à Lougansk dans la nuit du 16 au 17 juillet s'est rendu à Donetsk puis, sur ses propres chenilles, sans sa plate-forme de transport, dans un champ près de la bourgade de Piervomaïsky à 16 km de la frontière russo-ukrainienne. Si le Bouk devait protéger les unités séparatistes voisines de Saour-Mogila, Marinovka et Dmitrovka il aurait pu le faire à partir du territoire russe de l'autre côté de la frontière. Ce Bouk est reparti vers le territoire russe le 17 au soir après avoir lancé un missile et abattu le Boeing du vol MH17 vers 16h20. Autre bizarrerie : l'itinéraire du vol AEROFLOT SU2074 Moscou-Larnaka a été modifié plusieurs fois. Ainsi le vol Nord Sud du 14 juillet, de Moscou à Larnaka a évité le territoire ukrainien en le contournant par l'Est, le 15 juillet le vol est passé au-dessus du territoire ukrainien mais en contournant le Donbass par l'Ouest mais les 16 et 17 juillet alors que le Bouk était au Donbass, le vol passait en ligne droite en coupant le ciel du Donbass au-dessus de Lozovaya, Krasnoarmeïsk et Marioupol.

L'hypothèse du Boeing abattu par un avion ukrainien étant absolument non tenable, il reste finalement trois thèses à l'explication de la catastrophe :



1/ La première est celle de la confusion entre un avion militaire ukrainien et le Boeing (les Russes auraient eu vent qu'un Antonov-26 ukrainien devait survoler la région mais cela ne s'est pas produit) Par ailleurs, les formes, altitudes de vol et vitesses de ces deux avions ne sont pas sujettes à confusion. Cette thèse est soutenue, entre autres, par des politiciens russes d'opposition, Yavlinsky, Navalny, une journaliste, Youlia Latynina, s'exprimant régulièrement sur ''Ekho Moskvy'', ainsi que Mikhail Malychevsky , constructeur principal d'''Almaz-Antey'', entreprise qui fabrique des armes dont le Bouk. Il s'agit donc de gens qui, pour la plupart espèrent garder la possibilité de s'exprimer, et qui, craignant une rupture irrémédiable avec le Kremlin, pratiquent l'autocensure.

2/ La seconde thèse est que la mission du Bouk était d'abattre le SU2074 du vol AEROFLOT Moscou-Larnaka qui survolait le Donbass presque simultanément au Boeing malaisien du vol MH17 mais il y a eu une erreur due probablement au fait que le Bouk s'était mis en position de tirprès du village de Piervomaïsky et non de Piervomaïskoïe (il y a encore un troisième endroit qui s'appelle Piervomaïsk (du premier mai) dans le Donbass). Cette thèse à d'abord été soutenue, peu après l'attentat, par V. Nalivaytchenko, alors chef du SBU, service de sécurité ukrainien. Cette même thèse est soutenue par les Russes : M. Solonine, A. Venediktov, directeur d'''Ekho Moskvy'', S. Rabinovitch ii , économiste, A. Piontkovsky, politologue, A. Kokh, ancien très haut fonctionnaire sous Yeltsine. Selon cette thèse, cet attentat aurait été planifié parce que Poutine avait besoin d'un prétexte pour envahir totalement l'Ukraine et chauffer à blanc la haine des Russes contre les Ukrainiens. C'est à la même époque que la télévision russe passait des images et des histoires comme par exemple celle d'un petit garçon qui aurait été crucifié par les ''nazis ukrainiens'' dans le Donbass.

3/ La troisième thèse est que c'est bien le Boeing du vol MH17 qui devait être abattu et qui l'a été. Le but aurait été de forcer les Ukrainiens, alors en train de reprendre le Donbass, à s'arrêter en les accusant de cet attentat et parallèlement en effectuant des actions diplomatiques auprès du président Porochenko qui venait d'être élu. C'est le Russe A. Illarionov, ancien conseiller économique de Poutine qui a rompu avec Poutine en janvier 2005 lorsqu'il s'est aperçu que Poutine n'avait pas l'intention de respecter la démocratie qui soutient cette thèse et repousse catégoriquement les deux autres thèses. Il est à remarquer que la première thèse n'implique pas une responsabilité criminelle de Poutine ni un crime de guerre mais qu'elle est peu vraisemblable. Selon les deux autres thèses il s'agit d'un crime de guerre dont le Kremlin est forcément responsable.

Le 05/10/2016

Jurek




i Solonine énumère les matériels automoteurs « Osa » , « Tor », « Toungouska » et « Pantsir » qui peuvent atteindre des cibles à 5000-6000 m d'altitude et 8-12 km de distance ce qui est largement suffisant pour atteindre les Su-25 et An-26 qui équipent l'aviation ukrainienne.

ii Slava Rabinovitch parle également de l'attentat contre l'avion de ligne russe A-321 qui, partant de Charm-el-Cheikh, le 31 octobre 2015 a sauté au-dessus du Sinaï à cause d'un bagage piégé à détonateur et dispositif à retardement chimiques. (bagage appartenant à un passager russe qui, au dernier moment, n'a pas pris l'avion). L'hypothèse de Rabinovitch est que cet avion a été piégé par les services russes mais que le dispositif chimique fragile et peu fiable a fonctionné prématurément. L'avion russe ayant dû sauter au-dessus du territoire ukrainien et non du Sinaï.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire