lundi 9 mars 2015

La véritable signification de la "glasnost", ou plus ça change plus c'est la même chose.

En 1972, je me rendis à Moscou une semaine après avoir reçu mes ordres de Ceaucescu. Le directeur du KGB, Youri Andropov, m'accueillit en allant droit au but : "La seul chose qui importe aux Occidentaux est notre leader". Il était réputé pour ne pas perdre son temps en vains bavardages. "Plus ils l'apprécieront, plus ils nous apprécieront" disait-il. La tactique de glasnost la plus efficace serait de faire croire aux impérialistes que notre leader les admirait. Le KGB avait déjà réussi avec un grand succès à faire en sorte que certains éléments à l'ouest admirent - voire aiment - le "Camarade" (c-à-d Staline, puis Khrouchtchev). [...]

"Laissons ces naïfs imbéciles croire que nous voulons parfumer notre communisme avec une touche de démocratie, et ils nous tresserons des lauriers" déclarait Andropov. La création de l'image d'un "nouveau Ceaucescu" devrait être plantée comme des graines d'opium - patiemment mais avec ténacité, une par une. Nous allions devoir arroser nos graines jour après jour jusqu'à ce qu'elles portent leurs fruits. Nous devions promettre que notre société irait vers plus d'ouverture et d'occidentalisation, pour peu que l'Occident aide le nouveau "modéré" Ceaucescu à se débarrasser des tenants d'une ligne plus dure.

Deux heures plus tard, le directeur conclut notre réunion aussi brutalement qu'il l'avait commencée : " Je vous parie un million contre un que l'Occident va tout gober".


Lorsque je quittai la Loubyanka (QG du KGB), j'emportais avec moi un plan machiavélique de glasnost pour accomplir une reconstruction d'image. Ceaucescu le suivit à la lettre. Il changea le nom de la Grande Assemblée Nationale, la version roumaine du Soviet Suprême, et la rebaptisa "Parlement", y fit participer quelques dirigeants religieux, et déclara qu'il s'agissait du nouvel organe directeur du pays. Bien sûr, elle demeurait la même organisation qu'avait connu la Roumanie auparavant. Ensuite, Ceaucescu appela publiquement le Parti Communiste à réduire son influence sur l'administration et l'économie du pays. Il s'agissait d'un autre tour de la glasnost. Puis Ceaucescu mit en scène une fausse décentralisation économique, institua des élections locales à deux candidats et annonça une campagne contre la corruption et l'alcoolisme.

Après avoir fait cela, Ceaucescu créa un poste de "président", investi d'un grand nombre de pouvoirs, et se l'attribua.

Pour simuler un apaisement vis-à-vis du monde religieux, il marcha derrière un métropolite et un groupe de prêtres aux funérailles de son père. Enfin, il devint spécialiste des plaisanteries anti-soviétiques.

Tout cela fonctionna parfaitement. Bucarest devint la Mecque de l'Europe de l'est, remplie à ras-bord de journalistes et de politiciens désireux de voir de plus près l'homme qui avait osé changer le communisme. Une célébrité était née.

Les hommes d'affaires occidentaux se précipitèrent à Bucarest, espérant toucher leur part du gâteau dans cette "nouvelle" Roumanie. Ils avaient bien sûr été attirés ici par mes agents du DIE (Contre espionnage roumain), qui firent tout pour les choyer durant leur séjour. Petit à petit, mes agents devinrent habiles à "récompenser" les visiteurs amicaux en leur arrangeant des interviews avec Ceaucescu, les invitant même à de luxueux banquets dans de pittoresques monastères roumains, les emmenant dans des soirées et leur trouvant des compagnes accommodantes ou même en les associant à des investissements aux profits alléchants.

Aujourd'hui personne ne se souvient que Ceaucescu était la coqueluche de Washington. La mémoire des politiques semble être affecté par une sorte de maladie d'Alzheimer. [...]

Peu nombreux sont ceux qui se rappellent qu'un flot ininterrompu d'articles sur la Roumanie apparurent dans journaux américains, britanniques et en Europe occidentale qui vantaient le nouveau "communisme occidentalisé" de Ceaucescu. Le tyran y était dépeint comme une nouvelle espèce de dirigeant communiste, avec qui l'Occident pouvait faire du business. La Roumanie semblait être un pays normal, où les gens pouvaient critiquer leur gouvernement, visiter les monastères, écouter les symphonies occidentales, lire les livres occidentaux et même pointer du doigt leur élégante première dame.

Nous réussîmes avec beaucoup de succès à remplir les ondes des médias occidentaux avec la nouvelle image de Ceaucescu. En vérité, les médias occidentaux sont très faciles à manipuler, puisqu'ils basent leurs articles et reportages sur les communiqués de presse et ont tendance en général à ne pas être regardant sur la nature et la fiabilité de leurs sources. Notre information correspondait bien au sentiment général en Occident qui était que Ceaucescu était un dirigeant communiste occidentalisé. En Occident, la brèche historique dans le Rideau de Fer que constituait sa nouvelle politique parut tout à fait plausible, et presque personne ne prit la peine ni de vérifier les faits ni de nous apporter la contradiction.

En 1982, Youri Andropov, le père de la dezinformatsya, devint le dirigeant de l'URSS, et la glasnost devint de la même manière un élément de la politique étrangère soviétique. Une fois installé au Kremlin, l'ancien directeur du KGB se hâta de se présenter au Occidentaux comme un communiste "modéré" et comme étant un homme chaleureux, sensible, ayant un attrait particulier pour l'Occident, et aimant à l'occasion boire un scotch, lire des romans anglo-saxons, et écouter du jazz américain ou Beethoven. En réalité, Andropov ne buvait pas du tout, puisqu'il soufrait d'une maladie rénale en phase terminale. Le reste du portrait était également faux, et je le savais bien puisque j'avais très bien connu d'Andropov. Et pour ce qui est de la "modération", n'importe quel directeur du KGB a nécessairement les mains couvertes de sang. 


2 commentaires:

  1. Robert Marchenoir9 mars 2015 à 23:05

    Comme quoi, Poutine est rompu aux mêmes méthodes de pute que n'importe quel politicien PS ou UMP... Les commentaires des trolls du Kremlin sur You Tube valent le détour :

    Jan Grünenwaldil

    Wow, I've never seen a president sing in front of other people! That is... incredibly brave of him. And he did sing well indeed, in my opinion. I live in Germany and I am so sick of our gouvernment lying to everyone, etc.


    Gégé a l'air aux anges. Je suis ravi pour lui (sincèrement).

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  2. Robert Marchenoir10 mars 2015 à 00:16

    Pacepa explique que glasnost signifie non pas transparence, mais enfumage. La glasnost, c'est l'art de présenter les dirigeants et leur action sous l'habillage marketing propre à faire croire ce qu'on veut aux masses (en général, un truc différent de la réalité). En ce sens, le concept même de glasnost serait une opération de désinformation.

    Andropov a aussi prédit à Pacepa que les mesures actives de désinformation du KGB continueraient à faire leur effet longtemps après qu'elles auraient cessé. Il avait raison. Une fois activés, les relais occidentaux de la désinformation acquièrent leur autonomie et se reproduisent tout seuls, de génération en génération.

    Pour prendre un exemple personnel, il y a très peu de temps encore, je croyais sincèrement que Pie XII était, non pas forcément "le pape d'Hitler", mais à tout le moins "un pape controversé". Les historiens débattraient à son sujet, il y aurait des incertitudes, etc. Pourquoi ? Eh bien, parce que tout le monde le sait, puisque tout le monde le dit. En réalité, la seule "controverse" est celle qui a été fabriquée à partir de rien par le KGB... et ça fait quarante ans qu'il a cessé de l'alimenter. La "controverse" se reproduit toute seule.

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