lundi 23 février 2015

Sur les traces de Georges Pâques, espion français du KGB pendant 20 ans.

Pendant vingt ans, Georges Pâques, haut fonctionnaire impeccable, a espionné l'Etat français pour le compte du KGB: un destin incroyable et un épisode de la guerre froide oublié que Pierre Assouline ressuscite dans un roman passionnant, "Une question d'orgueil" (Gallimard).

"Ce n'était pas du tout James Bond, il s'emmêlait les pinceaux dans la technique, ne savait pas se servir d'un Minox, un petit appareil-photo fourni par les Russes, et prenait des risques inconsidérés en sortant des documents", explique à l'AFP le journaliste et écrivain.

"Mais il a été l'espion numéro un du KGB après-guerre, le Kim Philby français, l'espion le plus important que le KGB ait jamais eu en France. Et il ne s'est pas fait prendre pendant vingt ans, ce qui est extraordinaire", relève l'auteur.

Tout est vrai dans ce septième roman de Pierre Assouline qui a choisi la forme romanesque plutôt que la biographie, plus contraignante. "Je pense que le roman permet de dire beaucoup plus de choses, de faire part de ses interrogations sur le bien-fondé de l'enquête sur ces vingt ans de double jeu".

Qu'est-ce qui pousse un homme à trahir son pays ? Qu'est-ce qui pousse un haut fonctionnaire, anticommuniste, catholique pratiquant, partisan de l'Algérie française à espionner pour Moscou ?

Ce n'était ni l'argent, ni l'idéologie. Alors quoi ? cherche à comprendre l'écrivain, obsédé depuis plus de 25 ans par cette énigme: un normalien, agrégé d'italien, doté de responsabilités à la Défense et à l'Otan, qui transmet régulièrement des documents secrets à ses officiers traitants du KGB à Paris, en pleine guerre froide.


"Mon livre, c'est le roman d'une trahison mais le vrai sujet c'est l'orgueil. Georges Pâques l'a reconnu lui-même après avoir lu l'article que je lui avais consacré dans la revue Histoire", souligne Assouline qui avait pu recueillir les confidences de Georges Pâques tout un après-midi.

Ministre de l'ombre

"Je l'avais cherché pendant des mois. Et il habitait presque dans ma rue", raconte-t-il.

"L'orgueil était son seul mobile, il avait le sentiment d'être supérieur à tout le personnel politique, à tous ceux qui le dirigeaient, ", explique l'auteur.

En fournissant des secrets aux Russes, cet homme né en 1914 "voulait jouer un rôle dans l'Histoire. Il s'est bombardé lui-même ministre plénipotentiaire de l'ombre, persuadé d'empêcher, à lui seul, la 3e guerre mondiale ! Ce genre de sentiment peut amener au poteau d'exécution".

"Pour tenter de le comprendre, j'ai beaucoup parlé avec Graham Greene et John Le Carré des mécanismes à l'oeuvre dans l'espionnage, dans le retournement de ceux qui trahissent", relève l'auteur.

Arrêté durant l'été 1963, Georges Pâques fait la Une des journaux. Lors de son procès, la presse se déchaîne contre le traître. "L'espionnage est un nid à fantasmes", remarque Pierre Assouline.

Ses camarades de la rue d'Ulm témoignent aussi. Solidarité des élites. L'un d'eux explique ainsi: "le mépris des imbéciles, la haine des Américains et le désir de jouer un rôle dans la gabegie politique, ça peut mener loin...".

Coupable de trahison, Pâques risque le peloton d'exécution. Il est finalement condamné à la détention à perpétuité et obtiendra la liberté conditionnelle, accordée en 1970 par le président Georges Pompidou, promotion 1931 de l'Ecole normale supérieure. Après sa libération, il se fera oublier et ne donnera jamais d'interview. Il meurt en 1993.

Georges Pâques déclara pendant son procès: "Je ne suis pas un agent soviétique. Je ne suis pas marxiste. J'ai été poussé par mon sentiment du devoir religieux et moral."

Source.

6 commentaires:

  1. Robert Marchenoir24 février 2015 à 12:20

    Hallucinant ! Il faudra lire le livre pour comprendre comment on peut devenir un espion du KGB par anticommunisme et par conviction catholique...

    Remarquez, le blog Le Salon Beige est bien catholique et anticommuniste, et pourtant il me censure une bonne partie de mes commentaires anti-Poutine...

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  2. Robert Marchenoir24 février 2015 à 12:22

    Le président russe Vladimir Poutine a exclu lundi un "scénario d'apocalypse" pour l'Ukraine. "Personne n'a besoin d'un conflit, a fortiori armé, à la périphérie de l'Europe", a-t-il estimé.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/02/24/97001-20150224FILWWW00113-l-ukraine-au-menu-a-paris.php

    Le président Vladimir Poutine est bien bon. Maintenant, en échange de son offre incroyablement généreuse de ne pas nous anéantir sous sa force militaire, il convient que nous obéissions à tous ses ordres.

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  3. Robert Marchenoir24 février 2015 à 19:38

    Ivan Blot, énarque, ancien député, haut fonctionnaire, UMP, ex-FN, ex-RPR, nage en pleine confusion idéologique. D'un côté il crée un mouvement qui soutient la démocratie directe à la suisse, de l'autre il se joint aux poutinistes français :

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2015/02/les-accords-de-minsk-une-étape-vers-la-grande-europe-des-patries-.html

    http://www.democratiedirecte.fr/

    Extraits d'une interview qu'il a donnée à Présent au sujet des accords de Minsk :

    "Les républiques de Lougansk et de Donetsk, appelées pro-russes, ont obtenu des garanties : [...] autorisation légale d’utiliser le russe [...]. L’Ukraine est un pays hétérogène, que cela plaise ou non. La centralisation par Kiev et l’interdiction de la langue russe sont des mesures irréalistes, etc."

    Donc, notez bien : avant Minsk, il était interdit d'utiliser le russe en Ukraine.

    A ce stade-là, ce n'est plus de l'ignorance ; c'est du mensonge.

    Ivan Blot est, ou a été, entre autres : docteur en économie, chargé de cours à Sciences-Po, à l'université de Nice, à l'Institut catholique de Rennes... On peut donc être tout ça, en France, et déclarer que l'usage du russe est interdit en Ukraine.

    Bon, il est aussi chargé de cours à l'université de Velikie Novgorod, "expert" au club de Valdaï et consultant pour "l'agence de presse" Sputnik, le dernier avatar de Radio-Moscou...

    Un aperçu, ici, de l'incroyable méli-mélo que constitue le parcours intellectuel et politique d'Ivan Blot (qui écrit son prénom tantôt avec un i, tantôt avec un y):

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Yvan_Blot#cite_note-13

    Je vois mal le rapport entre la démocratie directe telle qu'elle se pratique en Suisse et la "démocratie dirigée" telle qu'elle se pratique en Russie, mais c'est sans doute que je ne suis pas énarque.

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    1. Hé ben, on en apprend des bonnes, ma femmes qui a vécu plus de 20ans en Ukraine, russophone de Lugansk, sera ravie de l'apprendre.

      On est face à un flot de conneries tellement immense que plus personne ne relève les inepties grandiose. On est dans l'indifférence la plus total.

      Ce type est un guignol...

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  4. Robert Marchenoir24 février 2015 à 19:55

    Un candidat FN appelle à tuer les juifs

    http://www.lentente.net/un-candidat-fn-appelle-a-tuer-les-juifs/

    Un candidat d'origine russe, apparemment. Ce qui serait bien, ce serait que le FN utilise ses bonnes relations avec Poutine pour se faire rencarder, par le FSB, sur la façon dont on examine le passé d'un candidat aux responsabilités avant de l'admettre au sein de son organisation.

    Au lieu de passer leur temps à nous expliquer que la Crimée est russe depuis l'homme de Néandertal, ou que le russe est interdit en Ukraine, ils pourraient apprendre à faire une recherche Google sur les comptes Facebook de leurs candidats, non ? Il n'est pas nécessaire d'être Anthony Blunt pour y arriver, quand même ?

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    1. curieux que cette info ne fasse pas la une!

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