vendredi 20 février 2015

Les interprétations du Soviet Suprême ont acquis la force de la vérité historique pour le président Poutine.

Par malheur pour la Russie, il lui est difficile de se livrer au bilan réel et salutaire de son passé communiste. A la différence de l'Allemagne nationale-socialiste, le système n'a pas été détruit par des adversaires résolus à l'éradiquer jusqu'à ses moindres germes. Il n'y a pas eu de "Nuremberg" du communisme. Staline reste auréolé par la victoire remportée avec les démocraties anglo-saxonnes sur le nazisme. Les dirigeants de l'après 1991 étaient (et sont) tous d'anciens communistes et même d'anciens du KGB qui ne sont évidemment pas tentés d'instruire le passé posthume du système dont ils sont issus. Dans la Russie d'après 1991, alors que Leningrad est redevenue Saint Pétersbourg, la momie de Vladimir Ilitch continue de reposer dans son mausolée de la Place Rouge.

La ligne officielle russe, réaffirmée par Vladimir Poutine le 9 mai 2005 à l'occasion du soixantième anniversaire de la victoire sur le IIIème Reich, a repris mot pour mot les fables de la propagande communiste : le pacte germano-soviétique était justifié et les Baltes auraient librement demandé leur rattachement à l'URSS* ! Utilisant la langue de bois stalinienne, le président russe, s'est rangé explicitement à la version soviétique : "En 1989, le Soviet suprême de l'URSS, l'organe législatif suprême de l'URSS, a donné une appréciation juridique et morale précise du pacte Molotov-Ribbentrop. Nos voisins baltes le savent bien mais continuent néanmoins à exiger une sorte de "repentance" de la Russie. J'aimerais souligner que de telles prétentions sont sans objet..." Dont acte. Les interprétations du Soviet Suprême de l'URSS, dont l'honnêteté intellectuelle et la hauteur morale sont connues, ont acquis la force de la vérité historique pour le président Poutine. Dans le même article celui-ci justifiait également les Accords de Yalta, dont "une appréciation objective n'est pas moins importante pour comprendre l'histoire et les bilans de la Seconde Guerre Mondiale".


Ce ralliement inconditionnel à la version soviétique de l'histoire du XXème siècle est révélateur des contradictions inextricables dans lesquelles se débattent les dirigeants russes d'aujourd'hui, faute d'avoir pu revisiter leur histoire à la lumière de l'héroïque effort d'Alexandre Soljenitsyne.

Tout en se livrant à des gestes comme le rapatriement des cendres de Dénikine le 3 octobre 2005, les dirigeants russes ne se sont pas remis de la disparition de l'URSS. Vladimir Poutine voit en elle la "plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle". Elle correspond en effet à l'effondrement d'un empire qui pour être soviétique était également russe. Tel est bien le tragique dilemme. Si l'on adopte comme critère les apparences de ce qu'on appelle souvent la "grandeur", jamais cet empire n'avait été aussi puissant que sous Staline entre 1945 et 1953. Mais à quel prix pour le peuple russe, martyrisé physiquement et spirituellement détruit ? En réalité pour les Russes et pour beaucoup d'autres peuples, "la plus grande catastrophe politique du XXème siècle" fut la victoire des bolchéviques à Petrograd en novembre 1917.

*Article signé Vladimir Poutine, publié par le Figaro daté du samedi 7 et du dimanche 8 mai 2005, p.14.



11 commentaires:

  1. Robert Marchenoir20 février 2015 à 15:25

    Du coup, on peut trouver paradoxal que tant "d'anti-système" auto-proclamés placent côte à côte, dans leur panthéon personnel, Vladimir Poutine et Dominique Venner. L'un des deux est en trop.

    Il est vrai que s'il fallait connaître ce dont on parle avant d'exprimer un avis, on n'aurait pas fini...

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  2. Mais qui connait encore Venner dans la mouvance actuelle??

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    1. Robert Marchenoir21 février 2015 à 15:21

      Mais beaucoup de gens, il me semble. On en a beaucoup parlé au moment de son suicide, qui est récent.

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    2. Je n'en suis pas si sûr. Demandez à la nouvelle génération, vous seriez surpris... D'ailleurs, vous ne m’enlèverez pas de la tête que ceux qui mettent ces 2 personnage sur le même plan ne savent pas du tout de quoi ils parlent...

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    3. Robert Marchenoir21 février 2015 à 18:07

      100 % de la réacosphère s'est rangé comme un seul homme derrière Venner, bien que certains membre de sa section catholique aient exprimé des réserves en raison du côté "païen" du personnage.

      Je me suis personnellement fait traiter de tous les noms pour avoir écrit que se suicider au pied d'un autel était un peu moyen à l'aune des "valeurs traditionnelles", ou du simple respect des croyants.

      Venner ayant accompli un acte "réac" par excellence couvert par les télés et les radios, il était impossible de ne pas le remarquer. J'ai moi-même découvert son existence à cette occasion, comme beaucoup d'autres, je présume.

      Mais je n'ai aucune intention de vous démentir sur la différence entre Venner et Poutine, puisque c'est moi qui ai attiré l'attention sur cette opposition...

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    4. Huum, je reste convaincu du contraire, non pas vous qui êtes dans le bain depuis plus longtemps, mais faites le test un "fraîchement converti", vous aurez des surprises!!

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  3. Robert Marchenoir21 février 2015 à 23:50

    Un portrait de Poutine au fusil à pompe :

    http://takimag.com/article/putin_the_paedo_james_jackson/print#axzz3SQBU0cv0

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  4. Robert Marchenoir22 février 2015 à 14:31

    Une longue interview d'Alexandre Douguine par un journaliste grec lié à la Russie et à la France :

    http://www.4pt.su/en/content/greece-cyprus-geopolitics-and-future-world-orders

    Aide à comprendre le délire philosophico-politico-mystique du personnage. Beaucoup de name-dropping, de grec ancien, des concepts creux, une prétendue analyse de la Grèce antique plaquée sur la politique internationale d'aujourd'hui...

    Ce côté fumeux qui se donne pour profond va très bien avec l'intelligentsia française. Des gens comme Derrida ou Badiou ne dépareraient pas à côté de Douguine. Ayant moins tendance à appeler au meurtre, ils sont dépourvus de ce côté nazebroque qui rend le Russe carrément inquiétant. Mais ils se rejoignent dans l'alliance entre une pseudo-philosophie et des prétentions révolutionnaires.

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  5. Robert Marchenoir22 février 2015 à 20:28

    Alain Badiou, qui dépasse Poutine sur sa gauche en le traitant de capitaliste prédateur, et en le fourrant dans le même sac que l'Occident et les djihadistes :

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/27/le-rouge-et-le-tricolore_4564083_3232.html?xtmc=alain_badiou&xtcr=3

    Badiou, qui conclut sa tribune en appelant à instaurer, enfin, le communisme. Cent millions de morts plus tard, ils n'ont toujours pas renoncé...

    A côté d'un olibrius pareil, les poutinistes français sont des modérés. Un peu comme les "islamistes modérés".

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  6. Pourquoi critiquez-vous les appréciations de Venner sur Poutine?
    Je crois que beaucoup de gens de droite ont été trompés par les services russes mais visiblement pas Venner.
    Jerzy Sitko

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    1. A qui s'adresse cette question ? Si c'est à moi, je ne vois pas en quoi je critique ses appréciations. Au contraire, je cite cet extrait du "Siècle de 1914" (qui est d'ailleurs un de mes livres de chevet) pour montrer que, comme vous le dites, Dominique Venner était déjà lucide sur Poutine et sur la nature de son régime, il y a presque 10 ans.

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