mercredi 19 novembre 2014

Où l'on reparle du vol MH17.

Je suis tombé sur une interview d'un revenant: l'insupportable Philippe de Villiers. Passons vite sur le fait qu'il nous serve les sempiternelles fadaises mongaullo-souverainistes. Il y tient en revanche parfaitement le rôle de petit télégraphiste du Kremlin, en nous ressortant sans vergogne toute la narrative qu'on nous serine depuis des mois : qu'une junte fasciste a pris le pouvoir à Kiev lors d'un coup d'état financé par la CIA, que la Crimée est russe depuis 100 millions d'années, ... etc. Jusqu'au moment où, (vers 12 min dans la vidéo) il évoque le drame du vol MH17 d'une manière des plus cavalières parlant "d'avion qui explose dans le ciel" et qualifiant "de théorie absurde" le fait que des "rebelles pro-russes" aient pu l'abattre. Pour étayer son affirmation, il affirme que le Premier Ministre australien Tony Abbott et Poutine seraient tombés d'accord pour qu'il y ait "enfin" une enquête, sous entendant que le doute existerait encore chez les Australiens sur les auteurs de ce crime et sur leurs commanditaires.

Or une rapide recherche des déclarations des officiels australiens, montre qu'il n'en est rien, bien au contraire. Si Tony Abbott doutait encore de la culpabilité du Kremlin il ne demanderait pas à Vladimir Poutine de présenter des excuses et de suivre le précédent établit par les Américains qui avaient payé des compensations après avoir abattu un avion iranien en 1988. Pendant leur entretien, Abbott affirma que les services secrets australiens détenaient des preuves que "le MH17 avait été détruit par un missile tiré dans l'Est de l'Ukraine grâce à un lanceur venant de Russie, qui y avait été ensuite ramené". Oui, Abbott et Poutine ont bien évoqué la nécessité de mener une "enquête indépendante", mais ce qu'Abbott demandait, était la possibilité pour les enquêteurs d'accéder enfin en toute sécurité au lieu du crash : "je demande que la Russie coopère pleinement à l'enquête internationale en cours". Et ce n'est certainement pas, comme le laisse sous-entendre Villiers, la preuve que non seulement Abbott ne doute pas de la responsabilité du Kremlin, mais qu'il l'accuse d'entraver l'enquête. 


A la veille du G20, Malcolm Turnbull, le Ministre des Communications australien, renouvelait la demande d'excuses à V Poutine : "Il devrait exposer les faits, prendre ses responsabilités, exprimer ses condoléances et présenter ses excuses pour ce drame terrible. [...] Une seule personne sait exactement ce qui s'est passé : c'est Vladimir Poutine".

J'enrage que cet agent d'influence du Kremlin, qui monnaye sa prestation contre l'assurance de faire de bonnes affaires en Russie avec un des oligarques les plus proches de Poutine, ait accès aux médias sans qu'il en soit fait mention. Et ce type se prétend catholique ! Même le site Fdesouche le met à l'honneur en faisant de la pub pour son dernier bouquin. A l'époque des Duclos, Thorez et autres Marchais on savait au moins à quoi s'en tenir.

Apparemment la thèse d'une erreur des "séparatistes" ne semble pas convaincre les Malaisiens qui détiendraient des preuves de l'implication du haut-commandement russe et auraient décidé de porter plainte. Affaire à suivre :

(Voici une enquête apportant des justifications très convaincantes de cette thèse : Why RUSSIA shot down MH17 and not 'local separatists')

3 commentaires:

  1. Pauvre Russie: le plus grand pays de la Terre ne sait pas qui il est, ni ce qu’il veut être

    http://www.slate.fr/story/93657/russie-crise-identite

    RépondreSupprimer
  2. De Villiers.. C'est un agent de l'étranger, mais comme sa crédibilité est ruinée depuis longtemps, laissons le pisser...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Robert Marchenoir25 novembre 2014 à 01:05

      Vous sous-estimez le pouvoir de la propagande, Tarkan. Les gens qui y sont vulnérables ne sont pas accessibles à des notions comme la crédibilité. Pour ces gens-là, c'est parce que la rumeur est crédible que celui qui la répand l'est ; ce n'est pas l'inverse.

      Vu que nos médias nous racontent n'importe quoi, alors le contraire est parfaitement crédible pour ne pas dire probable, c'est pourquoi de Villiers est crédible quand il dit que les Russes ne sont pour rien dans l'accident du Boeing. Voilà comment fonctionne leur raisonnement.

      D'ailleurs, de Villiers est d'autant plus crédible qu'il s'oppose (à juste titre, il faut le dire) au politiquement correct, par exemple sur l'immigration. Par conséquent il est du Bon côté.

      J'irais même plus loin : pour les gens sensibles à la propagande de Poutine, la vérité n'a aucune importance. Ce qui est important, c'est que ça emmerde les Américains (voire les Juifs, pour les plus atteints) -- et le gouvernement français, bien entendu.

      L'autre jour, sur un blog de droite tenu par une personne apparemment modérée, peu sectaire et raisonnable, je m'inquiétais du financement du Front national par la Russie. J'ai aussitôt été accusé, par le tenancier du blog, d'avoir une vision déformée par "mon amour des Etats-Unis et d'Israël". Cela par quelqu'un qui n'avait jamais manifesté le moindre signe d'anti-sémitisme auparavant, et alors que personne n'avait évoqué Israël depuis des lustres sur son blog : ni moi, ni le tenancier, ni les commentateurs.

      Donc voyez, on est très, très loin de notions rationnelles comme la crédibilité.

      Même les moins crédules sont persuadés que certes, les Russes font de la propagande, mais les Américains aussi, donc la vérité doit se situer quelque part entre les deux. La vérité est la moyenne entre deux mensonges qui se valent. Voilà où on en est.

      D'ailleurs, regardez la cote de popularité de Poutine en Russie. C'est bien la preuve que la crédibilité n'est pas nécessaire pour être cru...

      Supprimer