mercredi 24 septembre 2014

La dissert' de Poutine

Les récents déboires de Cambadélis, accusé d'avoir usurpé ses diplômes, rappellent que, de Kennedy, dont la thèse de doctorat obtenue à Harvard fut écrite par un nègre (voir NRH n°59 p 60), à Nicolas Sarkozy, dont on ne sait toujours pas de quels diplômes il est réellement titulaire, de nombreuses personnalités politiques ont un parcours universitaire pour le moins tortueux. La même aura de mystère entoure la thèse d'économie que V Poutine obtint en 1996.

A cette époque, alors qu'il était encore l'adjoint du maire de Saint Pétersbourg, Anatoly Sobtchak, Poutine écrivit et soutint une thèse d'économie à l'Institut des Mines de Saint-Pétersbourg sous la direction de Vladimir Litvinenko. Bien qu'il ait reconnu publiquement à plusieurs reprises être titulaire d'un diplôme d'économie, il n'a jamais fait directement référence à son propre travail, pas davantage dans sa biographie parue en 2000, Première Personne. Il a toujours préféré éluder les questions portant sur ce sujet. De plus, tous les travaux, qu'ils soient russes ou occidentaux, traitant de V Poutine, soit ignorent complètement cette dissertation, soit négligent son importance, soit considèrent que l'article écrit par Poutine en 1999 sur les ressources minérales en est un résumé.

En 2006, deux chercheurs du Brookings Institute, Clifford Gaddy et Igor Danchenko décidèrent de se pencher sur la question. Leur première initiative fut bien sûr de se procurer la fameuse thèse. Mais ce document était-il accessible ? Le journaliste David Hoffman écrivit dans le Washington Post en 2000 que l'Institut des Mines avait refusé de lui montrer la thèse de Poutine. En 2004, le journaliste du Spiegel, Fritjof Meier prétendait qu'elle n'était pas accessible au "commun des mortels". Au contraire, le directeur de la Bibliothèque Nationale russe, Victor Fyodorov, assurait en 2003 que "la dissertation [était] accessible dans [leur] base de données". Dans une interview donnée en 2005, Litvinenko certifiait quant à lui que la thèse était "accessible à tous".

Suivant l'avis du Directeur de la Bibliothèque Nationale, Gaddy et Danchenko se rendirent à Moscou et purent en effet consulter une copie d'un document de 218 pages présenté comme étant la thèse de Poutine.

Les deux auteurs étudient dans un premier temps les raisons qui avaient pu amener Poutine à soutenir une thèse d'économie, alors qu'il devait à l'origine étudier le droit et écrire une thèse sur le droit international à l'Université de Leningrad. Ils passent ensuite, et c'est le point le plus intéressant de l'étude, à la teneur de cette thèse. Ils estiment qu'elle est de faible qualité, "piètrement organisée, piètrement écrite et piètrement documentée". Mais ce qui, selon eux, est le plus frappant, est l'absence totale de notes de bas de page. Le premier chapitre fait une recension des diverses ressources naturelles trouvées dans la région de Saint-Pétersbourg, le second une simple analyse du rapport coût-bénéfice d'un projet d'investissement dans de nouvelles machines pour une carrière de granit de la région. Le troisième chapitre 3 décrit l'élaboration d'un projet de construction d'un complexe de transport maritime.

Un seule partie de la dissertation présente ce qui peut s'apparenter à la description d'un cadre conceptuel. Dans la première partie du chapitre deux, qui s'intitule "Planning Stratégique", on trouve la description d'un système de planning stratégique, d'un procédé de prise de décision stratégique et de l'information nécessaire au planning stratégique. Cette partie a pour seule et unique source un livre destiné aux écoles de commerce américaines et écrit par William King et David Cleland de l'Université de Pittsburg. Comme le système de référence de la thèse n'est pas clair, il est difficile de savoir quelles sont les contributions respectives de Poutine et de King-Cleland. Danchenko et Gaddy se procurent la version de l'ouvrage auquel fait référence la thèse, et qui n'est pas la version originale en anglais mais sa traduction russe.

Les chercheurs comparent alors le texte de la thèse et celui du livre et constatent que des phrases et même des paragraphes entiers sont copiés mot pour mot et ce sans aucune référence qui permette de différencier le texte d'origine de celui de la thèse. Sur les 20 pages que compte cette partie, se ne sont pas moins de 16 pages du livre qui sont recopiées mot pour mot, ainsi que des diagrammes qui sont reproduits à l'identique. Vous trouverez ici les diapositives de la présentation de Gaddy et Danchenko représentant des extraits de la thèse de Poutine et du livre de Cleland et King.

Est-ce Poutine lui-même qui a écrit cette thèse ou bien en a-t-il sous-traité la réalisation ? Pour les auteurs il semble évident que Poutine n'est pas l'auteur de cette dissertation mais qu'il a payé quelqu'un pour la lui écrire, et que cette personne a fait un travail de piètre qualité en incorporant à la thèse une part importante de texte plagié. Ils évoquent ensuite le rôle qu'a pu jouer Vladimir Litvinenko, homme influent dans le monde politique russe et ayant des intérêts financiers dans le port de Saint-Pétersbourg, et le fait que l'Institut dont il est le directeur ait tout de même sanctionné le travail de Poutine.

J'engage chacun à lire l'étude dans son intégralité et à se faire son opinion. Lire ici.


3 commentaires:

  1. Décidément...

    Une pierre de plus à l'édifice. Quel cumulard, ce Vova !

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  2. Une pierre de plus à l'édifice d'immondices...
    Concernant Cambadélis, on pourra aussi se rappeler que cet ancien trotskiste (né à Neuilly sur Seine) et ancien bras droit de Strauss Kahn, toujours député, a trempé dans diverses "affaires" (la MNEF par exemple) ... et qu'en bon nostalgique de l'URSS, il soutient la vente des Mistrals à la Russie. La biographie des amis de poutine est toujours très intéressante.

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