jeudi 31 juillet 2014

Le "Printemps Russe" est l'héritier des Mladorossi de Kazem-Bek.

Les commentateurs à Moscou et en Occident ont souvent mis en parallèle les idées et les actes de Vladimir Poutine avec ceux des régimes fascistes de la première partie du 20ème siècle, mais peu d'entre eux se sont concentrés sur le fait que l'une des idées les plus chères au maître du Kremlin, celle du "Printemps Russe", fut inventée par un fasciste russe dans les années 20.

Dans un article de son blog, Pavel Pryannikov corrige ce manque, en montrant que "le "Printemps Russe" n'est en fait pas une invention contemporaine mais davantage une "synthèse du fascisme, du stalinisme, du nationalisme russe et de l'Orthodoxie" qui fut inventé par Alexandre Kazem-Bek, un théoricien majeur du fascisme russe des années 20.

Alors que le mouvement Eurasiste, plus connu, est la première tentative de "combiner le corporatisme (proto-fascisme) et les idées bolchéviques", écrit-il, les idées des Jeunes Russes (Mladorossi), dont le leader était Alexandre Kazem-Bek, étaient "bien plus populaires" parmi les Russes Blancs.

Descendant d'une famille aristocratique originaire de Perse et venue en Russie au début du XIXème siècle, Kazem-Bez fut complètement "russifié". Il combattit dans l'Armée Blanche et en 1920, à l'âge de 18 ans, il s'enfuit en Europe. C'est à Munich, où il poursuit des études universitaires, qu'il fonda en 1923 l'Union Jeune Russe et y tint le rôle d'idéologue en chef.
Alexandre Kazem-Bek
Selon lui le groupe devait promouvoir "un certain type de monarchie totalitaire, la lutte contre la franc-maçonnerie et le capitalisme international" et aussi une vie "pleine de sang, de feu et de sacrifice personnel". Dans l'esprit de Kazem-Bek, la Russie devait adopter un régime semblable à celui de Mussolini en Italie, mais être complètement dévouée à la promotion de la "Russianité".

Kazem-Bek voyait de plus en plus en Staline un exemple du modèle de chef dont il croyait que la Russie devait se doter, et il insistait sur le fait que la Russie avait besoin d'un mélange d'autocratie russe et de bolchévisme, ou comme le disait un de ses slogans "tsars et soviets" en même temps. Le nationalisme russe étant messianique et altruiste, il faut chercher à réaliser en Russie le collectivisme authentique qui lui est propre, par opposition à l'individualisme frileux de l'Europe. Les Mladorossi doivent donc se tourner vers L'URSS, où une nouvelle aristocratie émerge au sein de la société soviétique.

Kazem-Bek vint s'installer à Paris dans le milieu des années 20. Il y obtint un doctorat en sciences politiques et sociales à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Ses idées trouvèrent un appui chez les Romanov et chez d'autres membres de la noblesse émigrée. Mais elles attirèrent surtout l'attention de la police secrète des Soviets, et dès 1932 Kazem-Bek fut soupçonné par le renseignement français d'être un collaborateur du NKVD, à plus forte raison quand il déclara que Jeune Russie était un "second" parti bolchévique.

Tout le temps qu'il fut émigré, Kazem-Bek critiqua très violemment les "valeurs européennes". Il insistait sur le fait que "la Russie n'était pas un concurrent de l'Europe, mais son successeur" et qu'elle avait le droit de renoncer à tout ce qui pouvait se révéler néfaste dans la tradition européenne. "Nous ne sommes pas seulement Européens" écrivait-il, "nous sommes Russes. C'est quelque chose que les nationalistes européens ne peuvent nous pardonner".

A la recherche de contacts politiques et de soutiens financiers, il se rend en 1935 en Italie où il rencontre Mussolini. Les Mladorossi n'obtiennent pas de crédits en Italie, vivant théoriquement des cotisations, ils sont financés par le roi d'Espagne, Henri Ford, la reine de Roumanie et par la droite allemande. Le fascisme dont il se réclame  ne l'empêche pas de maintenir des contacts avec l'URSS : en 1937 il est vu avec le colonel Ignatieff, un agent russe notoire, dans un café parisien. A cette époque, son idéologie peut être décrite comme un "Stalinisme Orthodoxe Russe".

Des soupçons prennent forme au sein de l'émigration quant à ses liens avec l'URSS, ce qui conduit Kazem-Bek à mettre fin au parti en 1940. Arrêté avec d'autre étrangers suspects en juin, il est interné au camp de Verney. En 1941, il émigre aux USA. Là-bas il commença à travailler avec l’Église Orthodoxe russe et particulièrement avec sa branche du Patriarcat de Moscou. En parallèle, il enseigne la littérature russe En 1957, Kazem-Bek retourna à Moscou où il travailla pour le Service des Relations Extérieures du Patriarcat de Moscou, qui avait toujours eu des liens étroits avec le KGB et duquel est issu le patriarcat actuel.

C'est là qu'il rencontrait fréquemment le Patriarche Alexeï, le Métropolite Nicolaï et d'autres ecclésiastiques de haut-rang. Il habitait dans un logement du Ministère de l'Intérieur. Quand il mourut en février 1977, il fut enterré à Peredelkino, et parmi ceux qui firent son éloge funèbre se trouvait l'Archiprêtre Nicolai Goundaieiev, le frère aîné du Patriarche Kiril.

A cette occasion le Père Gundaieiev affirma que "nous ne devions pas seulement nous souvenir de lui mais aussi l'étudier". En 2002, lors du centenaire de la naissance de Kazem-Bek, Vsevolod Chaplin était l'un des intervenants d'une conférence sur le leader du mouvement Jeune Russiе, qui se tenait sous les auspices de l’Église Orthodoxe Russe.

Archimandrite Tikhon et V Poutine.
L'Archimandrite Tikhon (Shevkunov) qui est le conseiller spirituel de Poutine, est connu pour tenir en très haute estime les idées de Kazem-Bek, dit Pryanikov. Et c'est probablement à travers lui que les idées du fasciste russe des années 20 sont venues à la connaissance et ont influencé la pensée de l'actuel maître du Kremlin.
Programme Mladorossi 1

Programme Mladorossi 2


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